démarche artistique
Janvier 2008 | Mai 2006 |
Janvier 2004
Je
peins les paysages qui m'habitent et que personne ne peut défigurer.
D. de Cicco
Qu'est-ce qui me pousse à entrer chaque
jour dans l'atelier, je ne saurais dire exactement, mais j'ai cette
certitude que la peinture me garde près du vivant en
opposition à la mort et à la destruction qui sont omniprésentes
dans nos vies et que l'image peinte est, de par son extraordinaire
immobilité, un merveilleux pied-de-nez à l'éphémère
et à l'agitation du monde.
J'entre dans l'atelier comme on marche vers l'inconnu. Pour l'expérience,
pour l'étonnement et la satisfaction, parfois, d'arriver à
tirer du néant, du chaos initial que je provoque inévitablement
au départ de chaque tableau, quelque chose d'imprévu
; une forme, une ambiance, un univers qui trouve un écho sensible
chez moi (réminiscence, émotion) et que je pourrai ultimement
et idéalement partager avec d'autres.
Si « l'art c'est l'âme qui est dans l'objet, pas l'objet
» (auteur inconnu), je ne serais pas loin de croire que c'est
à ce niveau que l'échange a lieu entre le peintre et
le regardeur et que le tableau n'est en somme qu'un simple passeur.
Quant à mes sources « d'inspiration », elles sont
avant tout d'origine plastique et il n'y a pas pour moi de hiérarchie
entre l'intérêt que je porte au bleu-violet d'un bout
de carton trouvé par terre, l'arborescence d'un orme à
contre-jour ou l'ombre démesurée d'un corps dans la
lumière de fin octobre.
Marleen Provençal, janvier 2008
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Mon travail récent s'articule autour de la
notion d'espace. Et de temps, ultimement.
L'espace du tableau, bien sûr, mais peut-être aussi l'espace,
beaucoup plus vaste, où nous nous trouvons, nous perdons aussi,
petites fourmis dans le vaste univers.
Sans idée préconçue de l'uvre à
venir, je travaille le tableau à même la matière,
à l'aide de raclettes, tous les aspects plastiques de la peinture
étant mis à profit.
Je crée des lumières, des plans plus ou moins rapprochés,
des volumes, « en attendant ».
Car il est clair que j'attends quelque chose et que cette chose va
arriver, se produire. Je l'appelle de tous mes gestes, la sollicite,
l'espère par ma propre durée dans le temps, dans le
travail en atelier.
Des abîmes se creusent - brèches, trous noirs ?
des particules « entrent en scène », morceaux
d'on ne sait quoi, ni venus d'où qui, comme lancés dans
l'espace, deviennent projectiles comètes ? Éléments
de passage en tous cas, dans l'espace du tableau qu'ils traversent
seulement. Un clignement d'yeux, une fraction de seconde, et l'on
croirait ne plus les y voir.
De là, avançais-je, la notion de temps qui baigne aussi
ces travaux récents.
Des lieux se créent, donc, et bien que je n'arrive à
en identifier aucun avec certitude champ, marécage,
paysage, galaxie ? je pressens, à la fin, qu'il s'y
joue, s'y est joué quelque chose.
Marleen Provençal, mai 2006
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« Nul
n'a jamais écrit ou peint, sculpté, modelé,
construit,
que pour sortir en fait de l'enfer. »
A. Artaud
J'ai toujours cru que je n'avais pas de « démarche
artistique ». En avoir une supposait, il me semble, savoir
maintenant où je m'en irais tout à l'heure. Aussi je
me suis longtemps astreinte à me rendre à destination
prévue. Oui, j'avais à peu près réussi
à rendre ceci ou cela, mais quel voyage mortel ! Il y manquait
l'essentiel (pour ne pas dire l'essence, le carburant), c'est-à-dire
la part d'inconnu, de risque et de doute, de construction et de déconstruction
bref, toutes choses vivantes propres à la création.
Enfin à quoi bon « sortir de l'enfer »
si c'était pour entrer au purgatoire ! Alors il m'a bien fallu
trouver un autre moyen de sortir de là et surtout d'entrer
dans la peinture. Je n'ai trouvé d'autre façon de faire
que de simplement commencer, même si commencer chez moi consiste
habituellement à défaire, à recommencer pour
ainsi dire et à me rendre disponible à ce qui se passe
dans l'intervalle.
En fait, plus j'arrive à être présente, moins
j'ai d'intentions et plus la peinture vient bien, se fait, non d'elle-même
bien sûr, mais certainement avec moi, en un dialogue plus ou
moins soutenu selon le rythme de travail, les interrogations qui surgissent.
Cette disponibilité, ces non-intentions (sinon ces gestes
d'entrée en matière - et pour cause ! ne s'agit-il pas
de peinture ? salir par exemple un fond blanc, trop blanc,
à coup de larges brosses, puis recouvrir l'ensemble par une
couche de gesso plus ou moins opaque) créent un espace où
tout devient possible ; une sorte de canal par lequel quelque chose
peut (se) passer, d'où surgiront des formes, des images, des
lumières.
L'essentiel peut-être, (mais aussi la plus grande difficulté)
résiderait là : demeurer dans cet état de tension,
de doute. État inconfortable, soit, mais hors duquel rien ne
semble jamais advenir. Car enfin, je ne peins pas parce que je sais
; je peins pour être interpellée. Par la peinture d'abord,
et par tout ce qui peut surgir à travers elle, figures comprises.
Si j'ignore à priori où je vais quand je peins, il
m'arrive, bien sûr, de choisir d'utiliser une technique ou une
couleur plus qu'une autre. Ces choix, bien qu'en apparence anodins,
s'avèrent porteurs de sens ; ce n'est qu'à terme qu'il
se dégage tout à fait. Le plus souvent, il est question
des préoccupations du moment. Ces commentaires à caractère
social, par exemple, qui se sont immiscés dans des uvres
récentes et qui portaient tantôt sur les origines de
la révolte (Ce fut un mouvement léger), tantôt
sur les coupes à blanc (Encore la terre) ; de même,
ce vert particulier, apparu dans Du côté de Gloubokoé
et qui s'est avéré je l'ai compris plus
tard être exactement le vert des toits du château
Frontenac, figure emblématique, s'il en est, de la ville de
Québec où je réside depuis peu. On n'échappe
pas à sa condition
humaine.
Cela dit, s'il peut être rassurant de tout expliquer, est-ce
bien à l'artiste de le faire ?
Des livres entiers s'écrivent pour tenter d'expliquer les
origines d'une uvre, en extirper les signes, établir
des liens entre la nature et un Riopelle, une veste et un Goodwin.
J'ai moi-même déjà, d'une certaine manière,
abordé le sujet par le biais d'une uvre de fiction Web
réalisée au Studio XX, à Montréal, à
partir de mes uvres antérieures, croquis et notes d'atelier
; intitulée Le Fourmoir (2000-2001), l'uvre mettait
en scène une femme tentant de créer des liens entre
les uvres de M. A., une artiste qui lui en avait fait la demande
explicite. En vain. Ni la protagoniste ni la fiction ne résolvaient
quoi que ce soit. Les uvres de M. A. conserveraient leur part
de mystère, d'inéluctable. Comme la vie.
Comme peintre, je suis au plus près de la peinture quand je
n'ai pas d'intentions ; celles-ci n'apaisent rien ; elles sont comme
le savoir-faire : elles en donnent seulement l'impression. Mais quelque
chose s'apaise tout de même quand je peins. Qu'est-ce à
dire ? Le faire serait la clé ? Ma démarche artistique
une
marche ? Voilà à peu près ce que
je crois.
Marleen Provençal, janvier 2004
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